L'affrètement maritime consiste à mettre à disposition tout ou partie d'un navire pour transporter une marchandise, par opposition à l'achat d'un simple emplacement sur une ligne régulière. Il prend trois formes principales — au voyage, à temps et coque nue — qui se distinguent par la durée de l'engagement et par la répartition des frais entre l'armateur (fréteur) et l'affréteur. Le contrat qui le formalise s'appelle la charte-partie.
L'affrètement relève de l'organisation du transport sous responsabilité d'un intermédiaire, le commissionnaire de transport au sens du Code des transports lorsqu'il agit pour le compte d'un chargeur. En maritime, la pratique s'articule autour d'un document central, la charte-partie, et d'une distinction nette entre le transport de ligne (liner, conteneurs) et le transport à la demande (tramping). Pour la vue d'ensemble tous modes confondus, consultez le pilier affrètement ; pour situer le maritime parmi les autres formes, voyez les types d'affrètement.
Définition : affréter un navire ou utiliser une ligne régulière
Affréter un navire, c'est conclure un contrat de mise à disposition de tout ou partie de la capacité d'un bateau pour une marchandise donnée. Cela diffère de la ligne régulière conteneurisée, où l'on réserve un ou plusieurs emplacements (slots) sur un service qui suit un horaire et des escales fixes. L'affrètement répond à un besoin sur mesure ; la ligne régulière, à un flux standardisé.
Deux logiques d'exploitation coexistent en transport maritime. Le liner (transport de ligne) fonctionne comme un service public de bus : horaires publiés, ports d'escale fixes, tarif au connaissement, marchandise majoritairement conteneurisée. Le tramping (transport à la demande) fonctionne comme un taxi : le navire va où la cargaison l'appelle, le prix se négocie au coup par coup via une charte-partie. L'affrètement maritime relève du tramping. Il concerne typiquement les vracs solides (céréales, charbon, minerais), les vracs liquides (pétrole, produits chimiques), les colis lourds et les cargaisons de projet.
- Fréteur : la partie qui met le navire à disposition, le plus souvent l'armateur (propriétaire ou exploitant du navire).
- Affréteur : la partie qui loue le navire pour transporter sa marchandise ou pour l'exploiter commercialement.
- Fret : le prix convenu de l'affrètement (à ne pas confondre avec la marchandise elle-même).
- Courtier maritime (broker) : intermédiaire qui rapproche fréteurs et affréteurs et négocie la charte-partie.
Les trois types : voyage, temps, coque nue
Le maritime distingue trois formes d'affrètement selon ce que le fréteur conserve et ce qu'il transfère. À l'affrètement au voyage, l'armateur garde tout (gestion nautique et commerciale) ; à temps, il garde la gestion nautique mais cède la gestion commerciale ; en coque nue, il ne loue que le navire et cède toute l'exploitation. La répartition des coûts suit cette gradation.
L'affrètement au voyage (voyage charter) loue le navire pour un trajet déterminé, d'un port de chargement à un port de déchargement, à un fret convenu pour ce voyage. L'armateur conserve la gestion nautique (équipage, navigation, entretien) et commerciale : il supporte le combustible, l'équipage, les assurances et les frais d'escale. La charte-partie fixe les staries (délais alloués pour charger et décharger) ; tout dépassement génère des surestaries (demurrage) facturées à l'affréteur, tandis qu'une avance peut donner droit à une prime de célérité (despatch).
L'affrètement à temps (time charter) loue le navire pour une durée — semaines, mois ou années. L'affréteur en commande l'emploi commercial : il décide des voyages et des marchandises dans les limites du contrat. La répartition des frais change : l'armateur garde l'équipage et l'entretien, mais l'affréteur paie le combustible (soutes) et les frais portuaires d'escale. La rémunération du fréteur prend la forme d'un loyer (hire) périodique, souvent journalier.
L'affrètement coque nue (bareboat charter) loue le seul navire, sans équipage ni gestion. L'affréteur devient armateur-gérant : il recrute l'équipage, assure l'entretien, le combustible, les assurances et porte la responsabilité d'exploitation. C'est la forme la plus proche d'une location pure ; elle sert souvent des engagements longs ou des montages de financement de navire.
| Critère | Au voyage | À temps | Coque nue |
|---|---|---|---|
| Objet loué | Un trajet précis | Le navire pour une durée | Le navire seul (sans équipage) |
| Gestion nautique | Armateur | Armateur | Affréteur |
| Gestion commerciale | Armateur | Affréteur | Affréteur |
| Équipage | Armateur | Armateur | Affréteur |
| Combustible (soutes) | Armateur | Affréteur | Affréteur |
| Frais d'escale portuaire | Armateur | Affréteur | Affréteur |
| Mode de rémunération | Fret au voyage | Loyer périodique (hire) | Loyer périodique (hire) |
| Usage type | Envoi ponctuel, vrac | Besoin récurrent | Engagement long, financement |
La charte-partie : le contrat d'affrètement maritime
La charte-partie est le contrat écrit qui scelle l'affrètement maritime. Elle nomme les parties, le navire, le voyage ou la durée, le fret et la répartition des frais et des responsabilités. Des modèles standardisés, négociés par les organisations professionnelles, encadrent la rédaction : la charte-partie GENCON est l'un des plus utilisés pour les marchandises diverses au voyage.
Le terme « charte-partie » vient du latin charta partita, « document partagé » : autrefois, le contrat était écrit en double sur une même feuille déchirée en deux, chaque partie en conservant une moitié. Aujourd'hui, les chartes-parties reposent sur des formulaires types diffusés notamment par les associations d'armateurs et d'affréteurs. Parmi les plus connues : GENCON (marchandises diverses au voyage), ainsi que des modèles dédiés à temps ou par filière (céréales, produits pétroliers, etc.).
Une charte-partie au voyage précise généralement :
- Les parties : fréteur (armateur) et affréteur, avec leurs courtiers éventuels.
- Le navire : nom, caractéristiques, capacité (port en lourd, jauge), pavillon.
- La marchandise et le voyage : nature, quantité, ports de chargement et de déchargement.
- Le fret : montant, unité (à la tonne, au forfait), modalités et devise de paiement.
- Les staries : délais alloués pour les opérations de chargement et déchargement.
- Les surestaries (demurrage) et le despatch : pénalités de retard et prime de célérité.
- La répartition des frais : qui paie l'escale, la manutention, les droits de port.
- Les clauses de responsabilité, d'assurance et de force majeure, et le droit applicable.
La charte-partie ne se confond pas avec le connaissement (bill of lading), document émis lors de l'embarquement qui matérialise le contrat de transport et le titre représentatif de la marchandise. Sur une ligne régulière, le connaissement suffit ; en affrètement, il coexiste avec la charte-partie, qui prime entre fréteur et affréteur.
Quand affréter un navire ?
On affrète un navire quand le volume ou la nature de la cargaison justifie une capacité dédiée, ou quand aucune ligne régulière ne dessert la relation. Les cas typiques : vracs solides et liquides en grande quantité, lots industriels lourds, cargaisons de projet, et liaisons vers des ports peu desservis. En dessous, la ligne régulière conteneurisée reste plus simple et souvent moins chère.
Les situations qui orientent vers l'affrètement maritime plutôt que la ligne régulière :
- Vracs solides : céréales, charbon, minerais, granulats — chargés en vrac dans les cales d'un vraquier.
- Vracs liquides : pétrole brut, produits raffinés, produits chimiques, gaz liquéfié — transportés en navire-citerne.
- Gros volumes homogènes : un lot unique remplissant une part substantielle du navire.
- Colis lourds et hors gabarit : équipements industriels, éoliennes, structures de chantier.
- Cargaisons de projet : approvisionnement d'un site industriel sur une fenêtre déterminée.
- Relations non desservies : ports ou routes sans service de ligne régulier.
À l'inverse, la ligne régulière conteneurisée convient mieux aux lots fractionnés, aux envois conteneurisés réguliers et aux routes desservies fréquemment, où l'on achète des emplacements au connaissement sans engager tout un navire. Le raisonnement « capacité dédiée contre emplacement partagé » rejoint, à l'échelle d'un camion, la comparaison messagerie vs affrètement en transport routier.
Routier et maritime : une complémentarité
Routier et maritime ne s'opposent pas : ils s'enchaînent. Le maritime assure le long-courrier massifié entre ports ; le routier assure le pré-acheminement (usine vers port d'embarquement) et le post-acheminement (port de débarquement vers destinataire). Une expédition internationale combine presque toujours les deux modes, articulés autour d'un terminal portuaire.
Dans une chaîne logistique internationale, la marchandise quitte rarement l'usine par bateau directement. Elle est d'abord chargée sur un camion ou un train jusqu'au port (pré-acheminement), embarquée, puis livrée par la route à destination après débarquement (post-acheminement). Le transport routier de proximité reste donc indispensable, y compris pour des flux dominés par le maritime. C'est sur ces segments terrestres que se joue une part importante du délai et du coût total.
À titre de repère, un poids lourd articulé européen respecte des limites réglementaires françaises : largeur de 2,55 m (2,60 m pour un véhicule frigorifique), hauteur d'environ 4 m, semi-remorque d'environ 13,6 m de plancher pour près de 33 palettes Europe en chargement complet, et un poids total roulant autorisé de 44 t. Ces ordres de grandeur cadrent le pré- et post-acheminement routier, là où le maritime raisonne en milliers de tonnes ou en EVP (équivalents vingt pieds, l'unité de mesure conteneur).
| Critère | Affrètement maritime | Affrètement routier |
|---|---|---|
| Distance type | Intercontinental, longue distance | National et continental |
| Capacité | Milliers de tonnes / EVP | Jusqu'à ~33 palettes / 44 t PTRA |
| Contrat de référence | Charte-partie (GENCON, etc.) | Contrat type affrètement, CMR à l'international |
| Cadence | Selon escales / disponibilité navire | Quelques heures à quelques jours |
| Rôle dans la chaîne | Long-courrier massifié | Pré et post-acheminement, livraison finale |
Pour le routier international, le contrat de transport est encadré par la convention CMR (lettre de voiture, responsabilité du transporteur, limites d'indemnisation). En national, des contrats types « général », « location de véhicule avec conducteur » et « affrètement » organisent les relations. Pour une marchandise de valeur, l'assurance ad valorem couvre la valeur réelle déclarée, au taux de 0,8 % de la valeur déclarée côté client, au-delà des plafonds légaux d'indemnisation.
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Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une charte-partie ?
La charte-partie est le contrat écrit qui formalise un affrètement maritime entre le fréteur (généralement l'armateur) et l'affréteur. Elle précise le navire, le voyage ou la durée, le fret (prix), la répartition des frais, les délais de chargement et déchargement (staries), les surestaries et la responsabilité de chaque partie. Des modèles standardisés existent, comme la charte-partie GENCON pour le transport de marchandises diverses au voyage.
Affrètement au voyage ou à temps en maritime ?
Au voyage, l'affréteur loue le navire pour un trajet déterminé d'un port à un autre, à un fret convenu ; l'armateur garde la gestion nautique et commerciale et supporte la plupart des frais d'exploitation. À temps, l'affréteur loue le navire pour une durée et en commande l'emploi commercial : il paie alors le combustible et les frais d'escale, tandis que l'armateur conserve l'équipage et l'entretien. Le voyage convient à un envoi ponctuel, le temps à un besoin récurrent.
Qu'est-ce que l'affrètement coque nue ?
L'affrètement coque nue (bareboat) est la location du seul navire, sans équipage ni gestion technique. L'affréteur devient armateur-gérant : il recrute l'équipage, assure l'entretien, le combustible, les assurances et toutes les responsabilités d'exploitation. C'est la forme la plus proche d'une location pure, souvent utilisée pour des engagements de longue durée ou des montages de financement de navire.
Quand affréter un navire plutôt qu'utiliser une ligne régulière ?
On affrète un navire quand le volume justifie de réserver une capacité dédiée (vracs solides ou liquides, lots industriels lourds, projets) ou quand aucune ligne régulière ne dessert la relation souhaitée. La ligne régulière conteneurisée (liner) reste plus adaptée aux lots fractionnés et aux envois conteneurisés sur des routes desservies fréquemment. L'affrètement (tramping) répond aux gros volumes homogènes et aux trajets sur mesure.
Quelle différence entre affrètement et fret maritime ?
Le fret maritime désigne au sens large le transport de marchandises par mer, et plus précisément le prix payé pour ce transport. L'affrètement est une forme contractuelle de ce transport : on met à disposition tout ou partie d'un navire via une charte-partie. Sur une ligne régulière conteneurisée, on achète au contraire un emplacement (slot) au connaissement, sans affréter le navire entier.
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